198 millions de tonnes de CO2 émis en 2023, malgré l’électrification du parc automobile : le chiffre claque, il ne laisse aucune place à l’ambiguïté. La norme Euro 6, censée incarner la rigueur et l’innovation, reste sur le grill. Depuis septembre 2015, la norme Euro 6 impose des limites strictes sur les émissions polluantes des véhicules légers. Pourtant, certains modèles homologués continuent de dépasser les seuils réglementaires lors de tests en conditions réelles, en raison de dérogations techniques et de marges de tolérance accordées aux constructeurs.
Les autorités européennes ont récemment renforcé les contrôles et introduit de nouveaux protocoles de mesure, entraînant une révision des stratégies industrielles et des amendes record pour non-conformité. Ces évolutions s’accompagnent de débats persistants sur l’efficacité des dispositifs existants et sur l’impact sanitaire réel des polluants résiduels.
Euro 6 en 2024 : où en est la réglementation sur les émissions polluantes ?
La norme Euro 6 ne faiblit pas : elle reste la référence pour les constructeurs opérant sur le marché européen. Depuis sa mise en place, elle encadre strictement les émissions de véhicules particuliers et utilitaires légers, en ciblant surtout les oxydes d’azote, les particules fines et les hydrocarbures non brûlés. Cette année, la donne évolue : le contrôle des émissions s’intensifie, les méthodes de mesure s’unifient au sein de l’ensemble des États de la zone euro.
La pression monte. L’Union européenne affiche clairement sa volonté de dynamiser le marché des véhicules à zéro émission. Les autorités multiplient les contrôles en conditions réelles et resserrent la surveillance post-homologation. Face à cette orientation, les constructeurs sont contraints de revoir en profondeur leurs stratégies. Plusieurs pays, soucieux d’accélérer la transition, plaident pour des seuils encore plus bas, révélant un écart grandissant entre visées écologiques et logiques économiques.
Voici les principales évolutions qui marquent cette nouvelle étape réglementaire :
- Marge de tolérance réduite pour chaque nouveau modèle proposé au marché,
- Lancement de procédures RDE (Real Driving Emissions) afin de mesurer les émissions dans des situations de conduite authentiques,
- Rapprochement progressif des objectifs pour viser des véhicules zéro émission d’ici 2035.
Ce cadre plus rigoureux façonne déjà le secteur, forçant industriels et équipementiers à s’adapter rapidement. Les discussions se tendent, notamment sur le rythme à adopter et la capacité des populations à suivre : certains acteurs du marché redoutent une transition trop brutale, qui pourrait pénaliser la vitalité de segments entiers.
Quels sont les principaux polluants concernés et comment sont-ils mesurés ?
La norme Euro 6 s’attaque à des polluants bien précis, issus des véhicules thermiques. Trois familles concentrent les efforts des régulateurs. D’abord, les oxydes d’azote (NOx), principalement rejetés par les moteurs diesel, alimentent la formation d’ozone troposphérique et aggravent les pathologies respiratoires. Ensuite, les particules fines (PM), nées de la combustion incomplète du pétrole ou du gaz, s’introduisent jusque dans les alvéoles pulmonaires. Enfin, les hydrocarbures imbrûlés et le monoxyde de carbone s’ajoutent à la liste, responsables de réactions chimiques nocives dans l’air urbain.
Les méthodes de mesure ont évolué avec la réglementation. Aujourd’hui, les constructeurs doivent soumettre leurs modèles à des cycles d’homologation variés, reproduisant la diversité des trajets réels. Caméras infrarouges, capteurs embarqués, analyseurs de gaz dernière génération : l’arsenal de contrôle s’étoffe. La tolérance diminue, la surveillance devient systématique.
Pour préciser le suivi, voici les modalités de mesure des polluants principaux :
- NOx : mesurés en milligrammes par kilomètre, via des instruments portatifs embarqués dans le véhicule.
- Particules fines : nombre et masse relevés directement à la sortie du pot d’échappement.
- Hydrocarbures et CO : analysés en continu pendant l’intégralité du cycle d’essai, y compris lors de phases d’accélération soutenue.
Le développement des véhicules électriques et de ceux à pile à combustible change la donne. Leur empreinte locale approche la zéro émission. Cette mutation s’inscrit dans une réflexion plus large sur l’énergie : production, distribution, prix du pétrole et du gaz, place grandissante de l’électricité. Les effets se lisent déjà sur la croissance annuelle des marchés et sur le positionnement des différents acteurs.
Des chiffres récents pour comprendre l’impact sur la qualité de l’air et la santé
L’instauration de la norme Euro 6 a produit des effets tangibles. Selon l’Agence européenne pour l’environnement, la concentration moyenne de NOx dans les principales villes de la zone euro a chuté de 37 % depuis la généralisation de la réglementation entre 2014 et 2024. Ce recul s’observe dès le premier trimestre : autour de 23 microgrammes par mètre cube, bien loin des sommets atteints il y a vingt ans.
Mais tout n’est pas réglé. Les particules fines (PM2,5), bien qu’en nette diminution (–25 % en dix ans), représentent toujours un défi. Les grandes métropoles de l’ouest bénéficient de la tendance, mais la progression urbaine et l’intensification du trafic à l’est de l’Europe freinent cette dynamique.
Quelques données marquantes mettent en lumière l’ampleur de l’enjeu :
- Environ 400 000 décès prématurés chaque année dans l’Union européenne seraient liés à la pollution de l’air, selon les dernières estimations.
- Les maladies cardiovasculaires, souvent causées par les émissions des véhicules, demeurent la première cause de pathologies environnementales.
La croissance annuelle du parc de véhicules électriques s’accélère : +47 % au cours du premier trimestre. Cette évolution structurelle peut modifier durablement la qualité de l’air, mais elle agit aussi sur l’équilibre des marchés et sur le niveau des carburants. Les prochaines statistiques d’Eurostat, attendues d’ici la fin de l’année, devraient apporter de nouveaux repères, alors que l’inflation bouscule les habitudes et les arbitrages des ménages en matière de mobilité.
Perspectives d’évolution : quelles prochaines étapes pour les normes Euro ?
À Bruxelles, le débat sur les futures normes Euro s’amplifie. La Commission européenne travaille déjà sur Euro 7, alors que 2024 marque un point de bascule. D’un côté, les investissements dans la recherche automobile se comptent en millions d’euros ; de l’autre, la pression sur les entreprises pour respecter des seuils toujours plus stricts ne cesse de croître, au risque d’affaiblir leur compétitivité.
Les discussions se tendent aussi sur le plan international. Les tensions commerciales avec les États-Unis et la Chine pèsent lourdement. L’appréciation de l’euro face au dollar alourdit la charge des droits de douane américains, impactant le coût des exportations européennes. Les constructeurs doivent s’adapter : réorganiser leurs chaînes de production, accélérer la transition vers des modèles à zéro émission, tout en absorbant la flambée des prix des matières premières.
Le second semestre 2024 sera riche en décisions. Certains États, comme l’Allemagne et la France, plaident pour assouplir les futures normes, espérant gagner en flexibilité sur les délais d’application. La Commission, quant à elle, cherche à combiner ambition environnementale et préservation des parts de marché pour une industrie déjà fragilisée par les nouveaux droits de douane et l’incertitude géopolitique. Les prochaines réunions du Conseil s’annoncent décisives : chaque choix pèsera sur des investissements massifs, mais aussi sur les perspectives d’emploi dans tout le secteur.
Au bout de la route, le cap se dessine : l’industrie automobile européenne n’a plus d’autre horizon que celui d’une mobilité plus sobre, surveillée de près et soumise à des choix collectifs. Tous les regards sont désormais tournés vers le prochain virage réglementaire, là où se joueront la santé de millions d’Européens et l’avenir du marché.


